lundi 17 juin 2013

Scandale PRISM : l'extradition de Snowden serait un bourbier pour Barack Obama

LE PLUS. Edward Snowden, l’Américain à l’origine du scandale PRISM, est hébergé à Hong-Kong après avoir mis au jour le système de surveillance de la NSA. La question de son extradition se pose, sous réserve d'une inculpation, mais les Chinois ne sont pas prêts de lâcher du lest. Pourquoi ? Explications de Maxime Pinard, chercheur en cybergéopolitique.

Les Chinois vivraient l’extradition d’Edward Snowden "comme une trahison". C’est en tout cas ce qu’affirme le "Global Times", le quotidien officiel, qui explique que ce serait "une perte de face" pour Pékin.

Edward Snowden, un ancien consultant de la NSA (l’Agence de sécurité nationale américaine), qui a révélé le scandale PRISM – un programme permettant à la NSA de surveiller les données relatives aux usagers sur différentes plateformes comme Apple ou Google –,  est hébergé à Hong-Kong depuis le 20 mai.

Les USA pris à leur propre piège

Si la Chine et les États-Unis ont récemment affiché une entente de façade, il semble que le rapport de force entre les deux États soit en train de s’équilibrer, sinon de s’inverser. En s’offusquant d’une éventuelle extradition, le "Global Times", très proche du pouvoir chinois, joue la carte de l’ironie face aux États-Unis qui se sont toujours présentés comme les défenseurs de la démocratie. En effet, pourquoi faudrait-il que la Chine extrade Edward Snowden alors qu’il n’a fait que servir la démocratie de son pays ? Voici l’argument.

Si Snowden était extradé, on en ferait un martyr

Aux États-Unis, l’affaire commence à verser dans un certain pathos et des rumeurs circulent. La dernière en date, propagée par Dick Cheney lui-même à l’antenne de la FOX, voudrait que Snowden ait été un espion à la solde de l’ennemi. Du côté de la Chine, on s’émeut non sans sarcasme de voir les USA céder aux sirènes qu’ils condamnent à longueur de temps.

Pour Obama, la situation est très dangereuse. Il aborde le G8 (qui se tient jusqu’à demain mardi en Irlande du Nord) de manière délicate alors qu’il avait lui-même soutenu la démarche de la NSA, ce qui divise la population américaine, même si l’acceptation d’une perte de vie privée pour préserver la sécurité nationale a un nombre conséquent de partisans. D’habitude, le second mandat d’un président des USA est consacré à l’international. On s’attendait à une action envers le conflit israélo-palestinien ou à une démarche de soutien à l’Afrique : il n’en est rien. Obama est embourbé en Asie, confronté à la Chine dont il a besoin pour son économie, mais dont il se méfie en raison des velléités diplomatiques régionales et internationales de cette dernière.

Les USA sont donc pris dans une sorte d’étaux qui réduit considérablement leur marge de manœuvre. Si Snowden était extradé, on en ferait un "martyr" et le président n’a absolument pas besoin de cela en ce moment : le procès Manning (la source de Wikileaks) vient de s’ouvrir, l’Associated Press (une agence de presse américaine) a été espionnée par le gouvernement pour obtenir l’identité d’une source…

Le gagnant est chinois

Mais le vrai problème qui se pose, en toile de fond de cette affaire, concerne directement la NSA qui a externalisé bon nombre de ses pôles de surveillance. Concrètement, cela signifie que les données récoltées ne sont pas centralisées : elles peuvent a priori être exploitées en plusieurs endroits, par des personnels privés. C’est d’autant plus inquiétant quand on voit que Snowden a pu faire fuiter ses informations via une simple clé USB. Comment expliquer que de grandes entreprises adoptent des protocoles de sécurité relativement élaborés, alors que la NSA semble laisser accessible les ports USB de ses ordinateurs, pourtant aisément désactivables ?   

On le voit donc, même si Cheney et la FOX essaient de décrédibiliser Snowden, la Chine est mesure de surfer sur une belle opportunité de propagande : les rôles s’équilibrent, s’inversent, et Pékin en viendrait presque à passer pour un défenseur des droits.



Propos recueillis par Henri Rouillier.

Entretien publié initialement sur le Nouvel Observateur (Le Plus) le 17 juin 2013 (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/888588-scandale-prism-l-extradition-de-snowden-serait-un-bourbier-pour-barack-obama.html)


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