jeudi 31 janvier 2013

Lancement de Blackberry 10 : n'enterrons pas la marque trop vite


Hier se tenait la conférence de lancement de Blackberry 10, la nouvelle architecture système de la société canadienne RIM. Retransmise sur internet, médiatisée (à outrance ?) par un savant mélange de petites annonces, de vidéos de démonstrations, la conférence était scrutée par les journalistes spécialisés, les fans de la marque, mais surtout par les analystes financiers qui y voient la dernière carte jouée par le canadien.

Autrefois considérés comme incontournables par les professionnels, les Blackberry ont perdu des parts de marché à vitesse grand V par manque d’innovation, mais aussi par un management discutable. Au lieu de prendre en considération Apple avec son iphone et Google avec son système d’exploitation Androïd, RIM a longtemps considéré que ces deux acteurs des NTIC n’empièteraient pas sur ses plates-bandes du monde professionnel. L’histoire a monté qu’ils ont eu tort, la frontière entre vie privée et vie professionnelle dans l’utilisation des smartphones étant de plus en plus ténue, avec les risques sécuritaires que l’on peut aisément imaginer soit dit en passant.

Aujourd’hui, avec une valeur boursière équivalente à un dixième de sa valeur la plus haute, RIM n’a pas le choix. Sa stratégie, pour le moins audacieuse, peut se résumer ainsi :

1.       Laisser les adversaires occuper le marché et se faire la guerre en copiant les technologies de l’autre, car RIM n’avait pas les reins suffisamment solides pour entrer dans l’arène.

2.       Prendre le temps, en l’occurrence plusieurs années, pour concevoir un système d’exploitation différent d’iOs et d’Androïd, stable et à même d’évoluer, sans avoir à tout repenser.

3.       Au niveau hardware, imiter Apple en ne fabriquant qu’un voire deux modèles de smartphone, ce qui est un pari risqué si l’appareil ne séduit pas, mais qui d’un autre côté permet facilement d’identifier la marque et le produit et de limiter dans une certaine mesure les coûts de production.

La conférence d’hier a rempli ces critères avec la présentation du dernier OS, Blackberry 10, bénéficiant de critiques élogieuses de ceux qui ont pu le tester, qui y voient une réelle alternative à iOs et Androïd. Mais ces mêmes commentateurs soulignent que BB10 entre en concurrence avec Windows phone 8 de Microsoft qui s’est lancé dans la bataille avec des moyens financiers très conséquents, même si le succès tarde pour l’instant à se manifester.

Fluide, agréable à utiliser, doté d’un fort potentiel, BB10 semble en mesure de séduire un large public de par sa gestion des réseaux sociaux (Blackberry Hub), mais également les professionnels grâce à la facilité de passer de ses contenus personnels à ses contenus professionnels très rapidement (Blackberry balance). Les professionnels sont toujours visés en priorité par RIM, qui d’ailleurs de façon symbolique adopte le nom de ses smartphones, avec la mise en place d’un service permettant de gérer dans les moindres détails un parc de smartphones blackberry. Enfin, pour plus de productivité, le système peut gérer jusqu’à 8 applications utilisées en simultanée avec une réactivité largement supérieure à ses concurrents.

Mais justement, sur quel hardware se base Blackberry pour assurer la promotion de son système ? Le constructeur a présenté deux produits : le Z10 et le Q10, ce dernier bénéficiant d’un clavier physique, marque de fabrique des Blackberry. Bénéficiant d’une finition haut de gamme, le vaisseau amiral Z10 n’a cependant rien de fondamentalement original. Bénéficiant de toute la connectivité existante (y compris NFC), il garde la forme et l’allure des smartphones de chez Apple, Samsung… Seule sa saisie prédictive, surprenante d’après l’essai lors de la conférence, lui donne ce petit plus qui pourrait faire hésiter les acheteurs.

Mais Blackberry va devoir faire davantage s’il souhaite transformer l’essai. Pour regagner des parts de marché, il doit renforcer son parc d’applications, en croissance mais relativement en retard par rapport à l’AppStore ou le Google Market, et pour cela, favoriser l’utilisation de son système d’exploitation. Certaines rumeurs laissent croire que Blackberry suivrait la voie Microsoft en proposant son système d’exploitation à des fabricants de smartphones pour élargir sa base d’utilisateur. Mais il lui faudrait être très rigoureux quant aux spécifications techniques imposées aux constructeurs pour que l’expérience utilisateur ne soit pas altérée. C’est une hypothèse envisageable, à l’intérêt financier discutable sur le long terme ; c’est pourquoi Blackberry doit garder confiance en lui, en dépit des autres rumeurs de rachat par le géant chinois Lenovo, déjà propriétaire de la section ordinateurs portables d’IBM.
Apple a bien su renaître, et devenir un géant des NTIC. Une période de creux n’est pas irrémédiable mais il faut pour cela que les dirigeants de Blackberry fassent preuve de courage, qu’ils se mettent en avant pour promouvoir leurs produits. La guerre des OS (Operating system) n’est en qu’à ses débuts et Blackberry peut être « le troisième homme ».

Un premier signe important à l’égard de la communauté cybernétique serait de donner une date pour la mise à jour de la Playbook, tablette de Blackberry qui en dépit de qualités certaines n’a pas trouvé son public en raison d’un coût trop élevé. Cela permettrait d’étendre rapidement le spectre d’utilisateurs de BB10 et de se donner une bonne image.

Article initialement publié sur le Nouvel Observateur (Le Plus) le 31 janvier 2013 (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/772487-lancement-de-blackberry-10-n-enterrons-pas-la-marque-trop-vite.html)

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