mardi 20 novembre 2012

Conflit Israël Gaza : une guerre 2.0 ?


L’opération « Pilier de défense » d’Israël sur la bande de Gaza peut être considérée, à première vue du moins, comme une énième épreuve de force d’Israël avec toujours ce risque d’enlisement, voire de fiasco militaire comme dans le cadre de l’opération « Plomb durci », et bien sûr avec son lot de pertes civiles. Pourtant, cette fois, ce conflit a une particularité assez frappante : la place du cyberespace dans le déroulement des événements.

Rappelons tout d’abord que c’est le premier conflit dont l’annonce est faite sur Twitter… Certes, c’est un moyen de toucher rapidement beaucoup d’internautes mais est-ce le plus approprié d’un point de vue politique, stratégique ? N’aurait-il pas mieux fallu utiliser les voies traditionnelles de la communication militaire, à l’aide de communiqués, qui auraient par la suite été repris sur les réseaux sociaux ? Sans doute ; mais cela n’a rien de surprenant dans la mesure où Israël est très bien implanté sur Internet, avec des pages facebook, plusieurs comptes Twitter correspondant à des pays cibles (Etats-Unis, France…) et qu’il a très tôt incorporé dans son corpus stratégique la dimension du cyberespace, et en particulier la cyberdéfense. Près de deux cent millions de dollars sont ainsi alloués au développement de cette dernière, de même que des militaires ont suivi des formations spécifiques pour assurer la protection du cyberespace israélien et surtout contre-attaquer si besoin.

Israël n’est pas le seul à user des réseaux sociaux pour faire passer ses messages. Dès le début des hostilités, des comptes-utilisateurs Twitter affirmant parler au nom du Hamas ont écrit des messages à connotations descriptive (détails sur les raids aériens israéliens) et politique. C’est une guerre de l’image qui est livrée ici, chaque camp cherchant à obtenir le soutien de la cyber-opinion, et par voie de conséquence de l’opinion publique dans son ensemble. Cette guerre virale ne doit pas cependant laisser penser que les affrontements sont virtuels. Derrière un message de 140 caractères maximum, c’est la vie de personnes en danger de mort qui est décrite.

La frontière entre guerre réelle et guerre virtuelle est plus que ténue, voire inexistante si l’on considère les actions menées sur Internet comme des instruments de propagande pour tel ou tel camp, et encore plus si elles sont pensées comme moyens de nuisance pour l’adversaire. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les actions menées depuis jeudi dernier par le collectif Anonymous avec l’opération « #OpIsrael ». Dans un communiqué, les Anonymous expliquent les motifs de leurs cyberattaques contre Israël, relayant une rumeur comme quoi ce dernier avait pour ambition de couper l’accès à Internet dans la bande de Gaza pour mener à bien ses opérations militaires.

Les cyberattaques des Anonymous ont touché de très nombreux sites israéliens (9000 selon certaines estimations qui peuvent être discutées), plusieurs sites officiels, de banques ou de compagnies aériennes ayant été visés. Toutefois, à l’exception du site de la Bank of Jerusalem qui semblait encore ce matin avoir du mal à fonctionner (une base de données aurait été altérée en outre), les attaques n’ont pas causé de dégâts importants, tout au plus des interruptions d’accès aux sites visés de quelques minutes. En outre, les attaques ne sont pas d’une grande sophistication, consistant dans une grande majorité des cas à l’utilisation de la technique dite de « saturation » qui envoie des milliers de requêtes à un site, jusqu’à le faire « tomber ».
Encore une fois, le symbolique, un groupe transnational revendiquant l’anonymat et se voulant le défenseur des libertés sur le Net s’en prend à un  état en guerre doté de l’arme nucléaire, l’emporte sur la réalité concrète. La difficulté à vérifier l’authenticité des attaques et leur ampleur surtout est forte, accentuée par les discours des officiels qui frisent parfois la manipulation. Lorsque le ministre des finances israélien Yuval Steinitz parle de plus de quarante millions de cyber-attaques contre des sites gouvernementaux, on peut s’interroger quant au système de comptage utilisé… En revanche, il convient de souligner une autre de ses déclarations (fondamentale pour le coup), lorsqu’il explique que le gouvernement a été obligé d’ouvrir « un second front » pour lutter contre les cyber-attaques, preuve de l’attention portée à ces dernières et de la crainte de leurs dégâts potentiels.

Sans faire preuve d’un cyber-pessimisme, il convient de relativiser le poids du cyberespace dans ce conflit et dans les guerres en général. Certes, des doctrines se mettent en place, des moyens financiers croissants sont octroyés, une utilisation judicieuse des médias sociaux peut donner une « bonne » image de tel ou tel camp, mais celui qui tweet n’est pas nécessairement celui qui agit sur le terrain. La guerre obéit toujours à ses codes traditionnels bien que les armées doivent s’adapter à une transmission de l’information toujours plus rapide et difficile à contrôler.

Néanmoins, on peut supposer que cette incursion du cyberespace dans le cadre d’une guerre est vouée à devenir une tendance lourde, qui évoluera au gré des conflits (chacun étant spécifique) et des nouvelles technologies. Il serait intéressant de voir si l’utilisation de ces dernières, accessibles également au grand public, ne serait pas contre-productive pour les forces armées qui n’en maîtrisent pas toujours tous les aspects. 


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