mercredi 6 juin 2012

Facebook, symbole d'une bulle 2.0?

Deux semaines après son entrée en Bourse, force est de constater que la situation de Facebook est incertaine, voire inquiétante. Sa valeur n’a de cesse de fondre, perdant 30% de sa valeur initiale, pour atteindre les 27 dollars désormais.

Pour justifier un tel échec, car il en s’agit bien d’un si l’on se réfère aux attentes disproportionnées précédant son introduction en Bourse, plusieurs arguments ont été avancés, les plus entendus étant une mauvaise organisation des services boursiers, le directeur général du Nasdaq M. Greifeld exprimant même sa confusion, mais aussi une valeur de départ jugée bien trop importante par les analystes qui tablaient plus sur une action à 20 dollars qu’au lieu des 38 retenus.

Ces arguments, bien que fondés, ne font qu’effleurer les problèmes que soulève l’introduction en Bourse de Facebook, censée lui permettre de nouveaux développements. Le résultat en tout cas est tout autre, les craintes se multipliant quant aux perspectives de croissance du réseau social et aux conséquences financières de ce ratage complet.

Qui plus est, il semble qu’il y ait eu comme "un réveil" des analystes concernant le fonctionnement de Facebook. Car la faille se trouve précisément dans la capacité des entreprises du web qui proposent des services gratuits à réussir à faire de l’argent à partir de ces derniers.

Dans la majorité des cas, c’est par la publicité que ces groupes arrivent à se financer, à se développer, tout en permettant à l’utilisateur de profiter de services gratuits. Cette équation ne peut cependant perdurer que si les entreprises qui achètent des encarts publicitaires sur ces sites voient le nombre de nouveaux clients/acheteurs augmenter.

Ce n’est pas toujours le cas, comme peut en témoigner le cas de Général Motors qui a décidé d’arrêter de faire de la publicité sur Facebook. S’agit-il d’un cas isolé ou bien n’en est-on qu’au début d’une vague de retraits de grands groupes de ce marché publicitaire apparemment surestimé ?

Par ailleurs, la force de Facebook est proportionnelle au nombre d’inscrits sur son site, et surtout d’utilisateurs réguliers qui seraient plus de 500 millions dans le monde. La marge de progression du réseau social est encore importante, avec des perspectives très intéressantes dans les pays émergents, même si la rentabilité des utilisateurs issus de ces derniers fait douter les analystes.

Pour poursuivre sa croissance, Facebook n’hésite pas à investir dans des entreprises en y mettant le prix fort. Que penser du récent rachat d’Instagram pour un milliard de dollars, alors que ce service n’est pas rentable en tant que tel, étant gratuit et dépourvu de publicité ? Même si cette acquisition répond d’une stratégie complexe de lutte contre d’éventuels concurrents, les sommes mises sur la table sont clairement disproportionnées, voire extravagantes.

Il est également question d’un possible rachat du navigateur web norvégien Opera ; quel intérêt ? Difficile à dire… La stratégie de Facebook est loin d’être unique. Google n’avait-il pas racheté Youtube pour plus d'un milliard de dollars tout en sachant que le service serait déficitaire par la suite ?

La situation de Facebook ne doit pas être prise à la légère. Il ne s’agit pas d’une anomalie avant un retour au calme. Sans pour autant tomber dans le catastrophisme, et voir le signe d’une implosion d’une nouvelle bulle internet comme en 2000 avec l’écroulement des marchés du secteur, le cas du réseau social doit pousser les entreprises concernées à s’interroger sur la réalité de leur puissance économique.

Certes, plusieurs d’entre elles n’en ont pas l’intérêt, car elles profitent de leur valeur virtuelle pour prospérer. Néanmoins, le schéma qui fonctionne actuellement à l’échelle du secteur des entreprises du web repose sur le principe de la confiance entre les différents acteurs qui visent un statu quo. Si l’on osait une comparaison, on pourrait penser au secteur bancaire juste avant la crise, où s’échangeaient des titres surévalués, sans que chacun ne s’y oppose, le système profitant à tous.

Ce qui se passe avec Facebook est en vérité une chance pour les géants du web 2.0 de se préparer à ce qui pourrait leur arriver. Ils doivent prendre les devants et asseoir leur croissance sur des bases saines (diversification de leurs activités dans des domaines autres qu'Internet pour pallier une éventuelle défaillance), et non sur une perception subjective de leur puissance économique.

Une nouvelle bulle internet qui se formerait et exploserait serait une catastrophe pour l’économie mondiale, le secteur de l’internet étant source de millions d’emplois dans le monde. Rappelons qu’il s’agit de l’un des rares relais de croissance des puissances aujourd’hui touchées par la crise internationale.

Chronique publiée initialement sur le Nouvel Observateur le 6 juin 2012 (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/565683-facebook-des-millions-de-fans-mais-un-fiasco-en-bourse.html )





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